Par une décision du 23 mars 2026, la Cour nationale du droit d’asile a accordé l’asile à un ressortissant du Soudan du Sud provenant de l’État de Jongleï, en raison de la situation de violence aveugle d’intensité exceptionnelle sévissant dans cette partie orientale du pays.
La Cour a été saisie d’une demande de protection internationale par un Sud-Soudanais, membre de l’ethnie nuer et originaire de l’État de Jongleï, qui affirmait craindre d’être inquiété par les forces gouvernementales de son pays en raison des opinions politiques qui lui sont imputées et d’être exposé à une atteinte grave du fait de la situation sécuritaire dont souffre le Soudan du Sud.
Après avoir constaté que le requérant n’a fait valoir, dans son recours, aucune crainte lui permettant de prétendre au statut de réfugié au titre de la convention de Genève du 28 juillet 1951, la Cour lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire octroyée aux civils exposés à une situation de conflit armé interne.
Pour motiver sa décision, la Cour s’est fondée sur les sources publiques disponibles les plus récentes, notamment un rapport provisoire du Groupe d’experts sur le Soudan du Sud, en date, du 26 novembre 2025, un rapport du Secrétaire général des Nations unies, paru le 4 novembre 2025, un point de la Commission des droits de l’homme des Nations unies au Soudan du Sud, en date du 13 juin 2025, des données publiées en 2024 par la Division des droits de l’homme de la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (MINUSS), un rapport de l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), paru le 28 janvier 2026, ainsi que des statistiques et analyses du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), de mars et août 2025. Ces documents mettent en lumière les incidents sécuritaires, le nombre de victimes civiles et les déplacements de populations générés au Soudan du Sud, et particulièrement dans l’État de Jongleï, par le conflit armé qui, sur fond de rivalités ethniques entre Dinka et Nuer, sévit dans le pays depuis le mois de décembre 2013.
D’après ces sources, l’État de Jongleï connaît depuis le mois de février 2025 une grave détérioration de sa situation sécuritaire, encore accentuée à partir de la fin de l’année 2025 par une intensification des affrontements entre les forces gouvernementales et des groupes armés d’opposition. Avec 549 attaques ayant causé la mort de 915 personnes en 2025, avec au moins 200 victimes mortelles entre le 1er décembre 2025 et le 23 janvier 2026, et avec 434 772 déplacés internes, soit plus de 23 % des personnes déplacées dans tout le pays au 31 mars 2025, ces violences font de l’État de Jongleï le plus meurtri du pays.
Ces éléments ont conduit le juge de l’asile à considérer que la situation prévalant actuellement dans l’État de Jongleï atteint un niveau de violence aveugle d’une exceptionnelle intensité, qui justifie l’octroi au requérant du bénéfice de la protection subsidiaire sur le fondement de sa seule provenance géographique. La Cour a, en effet, estimé que ce demandeur courrait un risque réel de subir une menace grave et individuelle contre sa vie ou sa personne en cas de retour dans son État d’origine, où il ne pourrait bénéficier d’aucune protection effective des autorités.
CNDA, 23 mars 2026, M. D., n° 25023152, C
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